Régulations émotionnelles et comportementales des menaces

Régulations émotionnelles et comportementales des menaces


L’objectif général étant la gestion des menaces, il est important de bien comprendre leurs régulations émotionnelles et comportementales. De plus, forts d’une centration thématique, nous devrions pouvoir nous permettre d’aborder la problématique de la régulation des menaces à différents niveaux d’analyse et d’explications. En effet, la grande partie des recherches porte sur la perception d’une situation menaçante induisant des conséquences variées : émotions négatives (peur, colère, anxiété), baisse de performance, perception de soi négative et comportements inadaptés. La perception de menace éveille des tentatives d’échapper à cette situation (fuite), de la dénier (déni) ou de la modifier (défi), autrement dit, une motivation à mettre en place différentes stratégies de régulation afin de faire face et de restaurer le bien être.

Deux types de régulation sont identifiés dans la littérature empirique actuelle : une régulation centrée sur les émotions et une régulation centrée sur la situation. La régulation émotionnelle se focalise sur l’amélioration des états émotionnels sans pour autant modifier ou éliminer la source de menace. Elle implique, entre autre, l’évitement (i.e. échapper à la situation menaçante), l’auto affirmation (i.e., valoriser les aspects du soi non atteints par la menace) ou l’engagement dans des comportements qui permettent de diminuer les sentiments négatifs (i.e. la consommation d’alcool). La régulation centrée sur la situation concerne les régulations orientées directement vers la source de la menace. L’individu peut dans ce cas tenter d’éliminer ou de modifier la source de la menace, ou d’améliorer ses propres capacités (i.e. acquérir un nouveau comportement), en transformant ainsi la menace en défi. Les deux types de régulations sont souvent nécessaires dans la régulation d’une menace.

Nous avons tenté d’analyser la menace, ses antécédents et ses conséquences, à différents niveaux allant de l’intra-individuel au sociétal. Nous souhaitons adopter cette même grille pour l’analyse de ses régulations émotionnelles. Dans un premier temps, il s’agira d’identifier et de mettre en évidence des régulations face à une menace tant au niveau intra-individuel, interindividuel, groupal que sociétal, et ceci, en fonction de la cible de la menace (individu/groupe/société). Dans un deuxième temps, il s’agira d’identifier le lien entre différents types de régulations et différentes cibles de menace. Enfin, nous devrions pouvoir nous interroger sur les facteurs déterminants une bonne régulation d’une situation menaçante, c’est-à-dire les facteurs favorisant la capacité d’autorégulation d’un individu (ou d’un groupe d’individus).

Au niveau intra-individuel, les recherches proposées examineront la régulation cognitive et comportementale de la menace perçue. En effet, l’individu interagissant de façon adaptée avec son environnement (potentiellement menaçant) doit être capable d’évaluer spontanément les opportunités et les menaces présentes, afin de pouvoir réguler son comportement. Dans cette ligne de recherche on s’intéressera à la sensibilité de notre système cognitif aux stimuli positifs ou négatifs. Cette sensibilité se traduit par une réorientation de l’attention vers le soi ou vers l’environnement (ex : phénomène de capture attentionnelle), par des tendances comportementales spécifiques (approche/évitement), et/ou par une préparation à l’action. La spécificité de ce type de recherches est qu’elles étudient les processus de base (réaction d’orientation, comportements rudimentaires) nécessaires à la régulation d’une situation menaçante. Ce type de régulations peut s’avérer fort utile car elles nécessitent très peu de ressources contrairement aux régulations plus conscientes.

Cela étant, au niveau intra-individuel, les recherches du laboratoire porteront davantage sur les cognitions liées à la perception de soi. Sur ce point, nous avons déjà montré que la motivation à maintenir une perception de soi positive entraine le rappel sélectif des comportements passés. Autrement dit, par ce rappel sélectif l’individu essaie de s’approcher d’un soi désiré. Dans le cadre de ce projet, nous étudierons la mise en œuvre de cette même stratégie afin d’éviter une perception de soi négative lors d’un événement menaçant. En la plaçant dans une perspective temporelle (présent, futur proche, futur lointain), les individus peuvent activer ou créer des soi non-réalisés (i.e. un soi futur ayant la capacité de faire face à l’événement menaçant) qui peut avoir un impact sur la perception de soi actuelle. La menace actuelle peut donc déterminer le soi qu’un individu envisage dans le futur afin de réguler ses états affectifs à titre d’anticipation d’une menace.

Au niveau interindividuel, dans la continuité de nos recherches actuelles, nous étudierons les régulations en lien avec la perception d’autrui pour restaurer une perception de soi positive par des actes agressifs envers cet autrui. L’agression est souvent étudiée en tant que conséquence de la perception de menace. On peut alors penser que se comporter de manière agressive peut représenter une tentative de régulation. En particulier, se comporter de manière agressive envers la source de menace pourrait entraîner une restauration de l’estime de soi préalablement atteinte par la menace et améliorer l’humeur de l’individu menacé. Dans ce sens, l’agression peut servir de moyen de régulation affective et cognitive lorsqu’elle est dirigée vers une source de menace. Ainsi, nous nous intéresserons aux conditions qui entraînent une régulation par le biais d’un comportement agressif (e.g. les émotions ressenties, la source de menace et la personnalité narcissique).

Au niveau individu-groupe, nos projets visent à montrer l’influence de l’identification au groupe d’appartenance (endogroupe) et/ou à la communauté sur le choix de stratégies de faire face à une menace. Comme nous l’avons déjà évoqué, s’identifier à son groupe est un besoin fondamental qui contribue à une identité sociale positive. En effet, lorsque le soi personnel d’un individu est atteint par une menace, il peut s’auto-affirmer en se focalisant sur son identité sociale positive.

D’autres travaux, notamment sur la menace du stéréotype, suggèrent en revanche que l’identification peut augmenter les effets néfastes de la menace. Ceux qui s’identifient à leur groupe ont tendance à avoir une performance moins bonne que ceux qui s’identifient moins lorsqu’ils complètent une tâche pour laquelle leur groupe est cible d’une mauvaise réputation (e.g. femmes et capacités mathématiques). Nos recherches en cours examinent si la construction de soi (centrée sur l’appartenance sociale vs sur les caractéristiques individuelles) peut moduler les effets de la menace du stéréotype sur la performance et si l’induction d’une construction d’un soi indépendant (perception de soi comme unique) peut finalement contrecarrer la baisse de performance.

 Enfin, un événement peut être perçu comme menaçant pour une société entière et induire des conséquences partagées par ses membres. Se pose alors la question de la régulation au niveau collectif. Toutefois, il ne faut pas oublier que les menaces individuelles (cf. menace de stéréotype) peuvent aussi, au moins partiellement, faire l’objet d’une régulation au niveau collectif. C’est le cas de la perception de soi et des performances des membres de groupes sociaux réputés moins compétents dans certains domaines. La menace que constitue une mauvaise réputation peut être régulée de sorte que les membres de ces groupes intériorisent ces mauvaises réputations et adoptent des comportements en accord avec elles. Ces régulations sociales rendent du même coup invisible la source première de la menace pour le groupe (les stéréotypes) et peuvent conduire leurs membres à justifier le système inégalitaire dans lequel ils sont insérés, avec pour conséquence la perpétuation des inégalités sociales dont le groupe est victime (projet ANR).

 De la même façon un évènement historique négatif auquel a pris part le groupe national (e.g. la colonisation) peut être envisagé comme menaçant la stabilité sociale, l’équilibre entre les groupes sociaux et l’identité sociale positive d’un pays et donc de ses membres; il peut être régulé à un niveau collectif et conduire à son oubli ou à son occultation. En effet, le contexte sociopolitique peut rendre saillantes des normes émotionnelles qui promeuvent ou, au contraire, proscrivent l’expression de certaines émotions collectives (e.g. la culpabilité collective). C’est le cas par exemple de la question de la repentance liée à la colonisation française en Algérie (norme de non-repentance en France). Ces normes, en établissant les émotions collectives susceptibles d’être exprimées vs contenues, influencent du même coup les attitudes et les comportements intergroupes envisageables : rétablir un lien positif entre les groupes en reconnaissant les torts commis ou au contraire soutenir des préjugés.

 Enfin, nous comptons nous intéresser aux facteurs qui influencent la réussite ou l’échec de la régulation. La littérature théorique sur l’autorégulation traite de cette question. L’autorégulation se réfère aux processus par lesquels un individu modifie, ajuste et adapte ses émotions, pensées et comportements pour répondre aux exigences de la situation. A cette fin les individus peuvent être amenés à modifier, à restreindre, à amplifier ou à prolonger une réponse. Les théories de l’autorégulation identifient un nombre de facteurs qui doivent être présents pour que l’autorégulation soit déclenchée. Il s’agit  entre autres, de choix ou de formulation des objectifs que l’individu désire atteindre, de sa capacité de monitorage ou de son estimation de sa progression vers l’objectif lorsqu’une réponse est mise en route, enfin, la volonté et la motivation des individus à initier et à maintenir une réponse (adaptée) sans laquelle l’autorégulation ne peut avoir lieu. Notre projet se focalisera sur ces facteurs notamment par rapport à la menace que constitue le vieillissement face à laquelle certains individus réussissent mieux que d’autres. Certaines recherches suggèrent que le choix d’un objectif approprié permet de réguler une menace chronique. Toutefois, le contexte peut imposer un standard de régulation comme c’est souvent le cas dans les lieux de travail imposant une norme quant aux émotions appropriées. Enfin, nous nous intéresserons aussi aux autorégulations de groupe ou d’une société en accord avec l’intérêt que nous portons aux menaces collectives.

 

 

Exemples de recherches


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